Mauvais, très mauvais signe. « Faut qu’on parle » est la phrase redoutée par tous ceux qui tiennent à leur couple. C’est même incroyable ce que trois syllabes peuvent faire remonter comme culpabilité (« J’ai pas sorti la lessive », « Merde, elle sait pour Julia », « elle en a trouvé un plus jeune, j’aurais dû me faire lifter» etc). Une discussion désagréable commence toujours par une phrase d’introduction (sans doute pour prévenir que les hostilités sont ouvertes et que le terrain a été préalablement miné). En effet, quand vous avez quelque chose de sympa à demander, vous n’avez pas besoin de sas de préparation.
On ne dit jamais : «Écoute chéri je crois qu’il est vraiment temps pour nous de se remettre en question. Je prends mon manteau, ce soir c’est moi qui vais chercher le pain» ou « Ma puce, ça fait longtemps que je voulais aborder la question, mais je ne savais pas trop par quel bout l’aborder, je voudrais regarder ce docu sur les ours polaires, tu es d’accord » En revanche, on dit volontiers : « II faut qu’on parle de ce préservatif usagé que j’ai trouvé sous le grille-pain» ou «J’ai longtemps repoussé le moment mais tu vois, t’es trop bien pour moi: je ne te mérite pas, d’ailleurs j’ai balancé toutes tes affaires par la fenêtre et ton chat dans les toilettes. »
Méfiez-vous donc quand on vous «prépare». C’est ce qu’on fait avec le steak tartare, avant de le dévorer tout cru. Astuce assez perverse, mais qui fonctionne : si vous voulez faire un poisson d’avril à votre partenaire, prenez l’air grave et assénez le faut qu’on parle » doublé d’un grand soupir. On peut presque entendre le cœur qui s’arrête de battre. Enchaînez sur un sujet insignifiant, genre «oui, faut qu’on parle de mon jean, je le prends moulant ou pas ?». Un massage cardiaque plus tard, mes cobayes ont trouvé la blague très amusante. (Non mais vraiment, essayez, c’est marrant.)

